Société

Cosplay : un acte militant ?

Comme dans la vraie vie, les discriminations sont légion dans le monde du cosplay. Cependant, de plus en plus de pratiquants se mobilisent pour faire changer les choses.

Depuis déjà 20 ans, les amateurs de cosplay se donnent rendez-vous à la Japan Expo, l’une des plus importantes conventions sur la culture japonaise en France.

Mais en 20 ans, la pratique du cosplay a considérablement évoluée. Aujourd’hui, cette activité n’est plus seulement un loisir. Il est devenu un véritable outil d’empowerment.

En témoigne le mouvement #28daysofblackcosplay, qui vise à mettre en avant pendant tout le mois de février le travail des cosplayeurs de couleur.

Mais pourquoi doit-on en arriver là ?

Le cosplay : un milieu discriminant

En dépit des initiatives récentes pour plus d’inclusivité dans le milieu du cosplay (par exemple le mouvement #CosplayIsForEveryone), le constat est toujours amer pour beaucoup de pratiquants. Ainsi, racisme, mais aussi sexisme, transphobie, grossophobie, etc ont encore de beaux jours devant eux, comme le confirme Sonee, une cosplayeuse belge. 

« Le milieu du cosplay est raciste, quand bien même il ne veut pas le reconnaître. Il se veut et/ou se prétend hors des problèmes de sociétés, or le milieu connait les mêmes soucis et a tendance à vouloir les nier. »

Que ce soit en convention ou sur Internet, les femmes adeptes se retrouvent souvent confrontés au sexisme. Slut-shaming, regards ou commentaires lubriques, attouchements en convention… Dès l’adolescence, Sonee a plusieurs fois été harcelée par des hommes, eux-mêmes cosplayeurs ou non.

La pratique du crossplay (mot valise pour cross-gender cosplay, c’est-à-dire se déguiser en un personnage du genre opposé au sien) cristallise également l’homophobie et la transphobie d’une partie de la communauté cosplay. Ainsi, en convention, un homme déguisé en un personnage féminin sera bien souvent moqué, voire questionné sur son identité et ses préférences sexuelles.

Racisme et blackface dans le cosplay

Si elle n’a jamais été agressée en raison de ses origines congolaises, Sonee déplore qu’on la ramène sans cesse à sa couleur de peau. « Lorsque j’ai porté mon deuxième ou troisième cosplay, qui était celui de Rohan Kishibe dans Jojo’s Bizarre Adventure, l’intention n’était pas méchante au contraire, mais je n’étais pas juste Rohan Kishibe. J’étais le Rohan noir… » explique-t-elle.

Les critiques et moqueries envers les cosplayeurs noirs ne sont pas les seul stigmates de ce racisme plus ou moins ordinaire. De nombreux cosplayeurs blancs se livrent aussi au « blackface ». Comprendre : le fait de se colorer la peau de couleur foncée pour simuler une ethnicité africaine. Cette pratique, héritée du 19e siècle, visait à l’origine à parodier et humilier les personnes noires. Elle reste aujourd’hui très controversée, même si un grand nombre de pratiquants ne comprennent pas le problème. 

En témoignent les réactions à cette photo, publiée par le compte Facebook de Japan Expo et supprimée depuis.

blackface cosplay

Le cosplay comme outil d'empowerment

Heureusement, de plus en plus s’élèvent contre ces diktats, et dénoncent les discriminations qui gangrènent ce milieu.

« Le cosplay peut être une façon de militer. Mais je pense que même sans réellement le vouloir, on milite un peu quand on est noir.e et qu’on fait du cosplay. Parce qu’on ne se cantonne pas qu’aux personnages de notre ethnie et/ou carnation. Donc ça envoie quand même un message : celui qu’on peut être qui on veut en plus de montrer qu’on existe, et que peu importe l’avis des autres, nous existons et continuerons d’exister dans le cosplay ! »

Toujours est-il que lorsqu’on tape « cosplay » sur Google Image, le constat est sans appel. Apparaissent en majorité des personnages blancs, le plus souvent minces et correspondant aux standards de beautés occidentaux.

De nombreux cosplayeurs de couleur se sont fait les défenseurs d’un cosplay plus inclusif, à grand renforts de hashtags. On peut citer #BlackCosplayerHere, #CosplayIsForEveryone, ou encore #CosplayingWhileBlack.

Le but ? Donner un maximum de visibilité à ces cosplays pour qu’ils ne soient plus marginalisés.

panterona shonen jump cosplay
La Trinidadienne Panterona incarnant Charlotte Smoothie de One Piece

Et les choses commencent enfin à évoluer. « La cosplayeuse Panterona est apparue dans une page du Shonen Jump (Japon). Elle a été sélectionnée dans le top-20 des meilleures cosplays de One Piece, et ira même au Japon pour l’occasion, se réjouit Sonee. Ça a l’air de pas grand chose mais c’est une véritable porte qui s’ouvre pour les cosplayeurs noirs et POC (NdlA : People Of Color) en général ! »

Crédits photo de bannière : GnondPomme on Visual Hunt / CC BY-NC-SA

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